"Et il se peut que ce qui est hors de notre corps (je ne veux pas dire l’âme), que ce qui est hors de notre corps, sans
être l’âme (dont j’ignore si elle existe, mais j’attends qu’elle existe), il se peut que cette hypothèse multimillénaire soit une vérité tout aussi multimillénaire; il est tout à fait possible
que ce qui est hors de notre corps, c’est-à-dire non composé de cellules, soit en réalité la cause de toute existence et non l’inverse, et pas seulement une conséquence de l’autre
réalité."
Les hommes-creux habitent dans la pierre, ils y circulent comme des cavernes voyageuses. Dans la glace ils se promènent comme des bulles en forme d’hommes. Mais dans l’air ils ne s’aventurent,
car le vent les emporterait.
Ils ont des maisons dans la pierre, dont les murs sont faits de trous, et des tentes dans la glace, dont la toile est faite de bulles. Le jour ils restent dans la pierre, et la nuit errent dans
la glace, où ils dansent à la pleine lune. Mais ne voient jamais le soleil, autrement ils éclateraient.
Ils ne mangent que du vide, ils mangent la forme des cadavres, ils s’enivrent de mots vides, de toutes les paroles vides que nous autres nous prononçons.
Certaines gens disent qu’ils furent toujours et seront toujours. D’autres disent qu’ils sont des morts. Et d’autres disent que chaque homme vivant a dans la montagne son homme-creux, comme l’épée
a son fourreau, comme le pied son empreinte, et qu’à la mort ils se rejoignent.
Il n’y a pas de mystère, pas de secret dissimulé, juste cette chose, une simple chose, en vérité. Présente en son centre,
mouvante à sa périphérie, à l’écoute de ses rythmes, usant du temps comme bon lui semble. C’est un élément constant, dans son action, comme dans son inaction, qui échappe à toute spéculation, à
toute définition.
Krommentaires