Je vois la distance, le présent qui s’effrite, cette faille qui ne cesse de s’agrandir entre moi et le monde où l’on vit. Je suis très loin de mon sujet maintenant, l’avion a pris son envol, imposant la distance et emportant avec lui, les cochons, l’oiseau au long bec, les mots inutiles, les pleurs et les rires... Hier, il a plu toute la journée, une bonne occasion de me questionner sur le pourquoi la nuit immanquablement se termine... une autre de redire ma petite phrase : j’erre dans les catacombes de mes discours crépusculaires... comment m’extraire de cet espace, comment sortir de là, me suis-je demandé ce matin... Comme chacun matin, avant de commencer une autre morne et stérile journée, je me pose des questions, je demande quelque chose à l’irrésolu... hier, après m’être demandé comment m’extraire de l’espace morbide où je me trouvais, je me suis demandé pourquoi ne pas faire l’économie de parler... il est dit que tout a déjà été dit, pourquoi alors se fatiguer à le redire... oui, pourquoi... soudain, l’indigence de cette affirmation m’a stupéfiée, comment... qui a pu dire, sans être foudroyé sur place, que tout avait déjà été dit... j’aimerai bien connaitre le bougre d’enfant de salop qui a dit ça... car en vérité, rien encore n’a été dit... tout reste à dire, à voir et à dire, avoir beau dire, avoir et dire encore*... Bien qu’inutile, vain et stérile, le besoin de bavasser ne me lâche pas, avec ou sans raison... et qu’importe ce qui est dit, en vérité, l’essentiel est de le dire... et qu’importe la manière, il faut se laisser faire, se laisser dire... et qu’importe l’irrésolu, le temps est un espace fluctuant, la ligne n’est jamais droite, il y a des courbures, des pliures, des interstices, des fractures temporelles, des événements intempestifs, des éléments exogènes perturbants qui nous conduisent jusqu’à bout de la nuit sans que nous ayons pu répondre à cette question fondamentale, pourquoi se termine-t-elle, bordel !

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* Il faudrait revenir sur l’avoir et le dire, ces deux-là on beaucoup plus en commun qu’il n’y parait... à voir et à dire l’avoir et le dire... c’est un peu comme le boire et le manger... quelque chose de primordial... même si j’ignore pourquoi... faut-il pour autant chercher une logique mathématique à ça... ou...  ou alors, tant est si bien... que, pour la peau d’un qui, mort pour ses idées, ou victime d’un accident de la circulation, d’un éclat d’obus, d’une balle perdue... d’un ou cent-mille... eux aussi, morts pour quelque chose de tout aussi absurde... La vérité est que l’on ne meure jamais pour une bonne raison... et c’est sans doute là que l’avoir – saisi par l’urgence – à le mieux à dire...

 

 

 

 

 

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« Le médecin et le poète s’éloignèrent sur un chemin en direction de l’asile. »

Roberto Bolaño - 2666

 

 

 

 

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(Ligne & Pixels VI - NK - 2011)

 

 

 

Vendredi 16, il tombe des sigles, des motifs, des symboles, des acronymes, des logos, des bannières, des devises, des paraboles, des catachrèses alambiquées, des signes distinctifs, et d’autres, plus obscures, des moins signifiants, des que l’on remarque à peine... Il se passe de drôle de chose les vendredi 16... Il y a des jours comme ça, des jours sans soleil, des jours indéchiffrables d’une cruauté mordante qui dessine sur ta peau nue des motifs dentelés du plus bel effet... Il arrive des choses comme il en tombe, semblable, mais non identique, comme on le dit des choses qui nous ressemblent sans que l’on puisse établir entre elles une parenté autre qu’affective...

Je cri en silence les mots que je tais.

Nous pensons à des êtres qui nous sont chers, quand eux-mêmes ne pensent aucunement à nous, nous ignorent souverainement, me suis-je dit ; et toutes nos pensées tendues vers ces êtres qui nous sont chers vont se perdent dans la noosphère, pensa-t-il me suis-je dit.

Il fait un froid de canard.

C’est un froid subjectif, un froid ontologique... Le poisson dans l’œil du chat est-il semblable à l’herbe dans l’œil de la vache, se demandait-il... Au risque de n’être pas compris, il est préférable d’opposer celui de l’être.

Samedi 17, nuit, jour, alternent, se suivent, passent...

Dimanche 18, nuit, et ce froid encore, dans le corps, dans les membres, tout autour... Avant d’aller plus loin, il faut passer les lignes ennemies... pour ce faire, leurrons l’adversaire, rusons-le, déplaçons le point situé au-delà du front, poussons-le au-delà des circonstances qui ont participé à sa création... extrapolons...

Matin, fragments disparates, rassembler les morceaux, élaborer une stratégie... avant, évaluons la situation... je suis loin de la source aujourd’hui taris où nous nous baignions, ma sœur et moi, aux heures joyeuses et insouciantes de nos jeunes années... pourtant, rien ne me sépare de cette époque idéelle, ni le temps, ni l’espace ne peuvent lui enlever une once de sa réalité... maintenant...

Un autre état peut être défini... comment faire avec ça...

Il est dit qu’une valeur aux propriétés subjectives est inversement proportionnelle à sa valeur relative ; c’est pourquoi, dès notre premier souffle, nous sommes projetés dans un dédale empirique inextricable. Cette sensation se développe au fil des ans, gagne en force ; elle est semblable à un prurit mental, une irritation qui nous démange là où nous ne pouvons nous gratter.

Face à l’irrésolu, on se gratte la tête – le singe aussi –, est-ce un signe... ou... une induction anthropomorphique...

Le troisième terme du cycle se tient en équilibre sur un pied.

 

Lucius Crédul

 

 

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à J

 

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« La tempête et le tremblement de terre n’ont pas d’intelligence. L’âme ne peut tabler sur la non-âme. Dieu seul le peut.
Mais les éléphants, eux, ont des âmes. Tout ce qui est capable de se saouler, résonnait-il, doit avoir une âme, en quelque sorte. »

Thomas Pynchon – V.

 

 

 

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(Lignes & Pixels - NK - 2011)

 



Jeudi 15 décembre, 10:23, il tombe des nues, des ails aussi, et des bouts de ficelles... je regarde le couchant sans le voir assis sur un muret de pierres imaginaire.

Il n’était peut-être pas nécessaire d’ouvrir le ciel à ce point,  se dit-il, me suis-je dit... tout est maintenant hors de contrôle, pensa-t-il, me suis-je dit...

14:38, silence entrecoupé de sons familiers... il est replié sur lui-même, en lui-même... le regard pendu dans le vide, il observe la chute des termes déchus... les griffes du diable plantées dans le dos...

15:16, tintements de cloche, clair et succincts...  derniers soubresauts d’une agonie sans fin...

Aujourd’hui, c’est la crise, la vie est grise, un gris sale terreux marbré d’ocres crasseux et diarrhéique. Prout !

Le symbole le plus commun et le plus répandu est le symbole d’un échec, d’un qui, qui devait être ; d’un qui, qui n’a pas été. Cependant et par delà les prospectives révolues des instances cafouilleuses défiantes des lois du genre et de la raison objectale, une luxuriance de formes et de couleurs s’impose aux regards, là devant au loin quelque part, au pied de ce connard d’arc-en-ciel.

Est-il préférable d’être un idiot utile, plutôt qu’un génie malfaisant, me demande Marie-Louise.

Bien sûr, on ne peut négliger l’ambivalence, en toutes choses elle impose sa plurivoque présence ; cette conne à l’ambigüité obscure peut rendre équivoque le plus féroce des dogmes et rendre chèvre les convictions les mieux enracinées.

 

Lucius Crédul

 

 

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  (PCLP - NK - 2009)

 

 

 

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« Nous enfonçons ces mots l’un dans l’autre comme des punaises. »

William H. Gass – Le Tunnel

 

 

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(Lignes & Pixels III - NK - 2011)

 

 

Mercredi 14 de décembre, même lieu, là maintenant, il tombe des neutrinos, je ne sais discerner s’ils sont électroniques, muoniques ou tauiques... ce qui est certain, est qu’ils tombent... bien que cette notion de tomber ne soit pas exactement le terme le plus propice à décrire la manière dont-ils se meuvent... ce que je sais des neutrinos est qu’ils appartiennent à la famille des leptons, et qu’il ne sont pas soumis à l'interaction forte, contrairement à nous qui sommes soumis à toutes les interactions, fortes ou faibles, qui sévices dans l’univers... Tout est là, me suis-je dit, et pourtant, c’est comme si rien n’était... la terre, l’herbe, les arbres, les montagnes, les cours d’eau, le ciel, les nuages, les étoiles... tout ça me semble manquer de consistance... on inspire... on expire... on ferme un instant les yeux, et tout disparait...  On appartient à l'histoire générale, une histoire sans particularisme, sans nodosités, sans figures dominantes, sans traits distinctifs... l’histoire générale est une histoire d’une platitude exemplaire... notre histoire, la belle histoire !

 

Seule la musique sait dire le réel.

 

11:22. Rien de signifiant à signaler... bien que tout peut être dit en partant de ce rien, je ne trouve rien à dire de plus ou de mieux que ce que j’ai dit précédemment... rien de signifiant à signaler... J’ignore pourquoi, mais j’aime le dire... rien de signifiant à signaler... ça laisse un vide, peut-être même un peu plus, comme un bruit blanc, quelque chose de cet ordre, bien que n’appartenant pas à l’univers sonore... Rien de signifiant à signaler... Noël arrive, et bientôt le Nouvel An, c’est consternant... Je gèle, j’attrape de justesse une coulée de morve, mon nez est en feu. Rien de signifiant à signaler... cette nuit j’ai rêvé de mains brulées... mais peut-être étaient-ce des pains ou des poulets... c’est un peu flou... il y avait aussi de l’eau... et un rémouleur... Rien de signifiant à signaler...

 

Seul le silence sait dire le réel.

 


Lucius Crédul – À l’heure où je vous parle

 

 

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« La peste bubonique constituait sans doute une fin acceptable au Moyen Âge, mais j’estime qu’il serait inepte de mourir de la peste en notre épouvantable siècle ! »

Ignatius

 

 

 

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(Lignes & pixels II - NK - 2011)

 

 

Lundi 12 de décembre, il tombe des cordes, des violons et des pianos... résulte un foisonnement de notes discordantes qui s’accordent entre-elles pour donner naissance à une symphonie ruisselante, peu bandante et dégoulinante de mièvrerie...

Mardi 13 de décembre, ici-bas, là maintenant, il tombe des tromblons, des cataractes, des hallebardes, des mandolines et des luths... Hier une symphonie, aujourd’hui, un concerto tout aussi peu soucieux de l’éthique que ne l’était hier la symphonie, et sans la moindre considération des conséquences qu’engendre cette abjecte compromission...

13:33. Des notes pour abstraire, des signes pour signifier... dans quel monde vivons-nous... Le peuple des triples buses a parlé, et la sentence est tombée, patatras !!! Nous avons cédé à la logique de l’apparence... l’éristique a cédé le pas à l’hystérie... Il pleut, une pluie peu soucieuse de savoir qui elle va mouiller.

 

 

Lucius Crédul

 

 

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(Lignes & pixels - NK - 2011)

 

 

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OSTENSION (s. f.)

Exposition des reliques à la dévotion des fidèles.

HISTORIQUE

XIIIe s.— Là nous feront nos yex [yeux] aperte ostension De la divinité, de l'incarnation (J. DE MEUNG Test. 1863)

XVe s.— Comme le chariot vint en un carrefour, et qu'on faisoit ostension [montre] des denrées de done Marguerite (LOUIS XI Nouv. XLV)

ÉTYMOLOGIE

Lat. ostensionem, de ostensum, supin de ostendere, montrer, de ob, devant, et tendere, tendre.

Le Littré (1880)

 

 

SÉMIOLOGIE

 

Fait, dans une situation de communication, de montrer une chose dont on veut parler, soit du doigt, soit autrement, mais sans l'aide du langage.

 


OSTENSIF, OSTENSIVE (adjectif)

LOGIQUE

Se dit des preuves directes et qui mettent en lumière la dépendance de ce qui est démontré par rapport aux principes d'où part la démonstration.

Manière de définir un terme ou de vérifier une assertion en montrant l'objet ou l'état de chose auxquels ils se rapportent.

 

 

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