"Ce qui se reflète dans le langage,

le langage ne peut le représenter."

L. Wittgenstein

 

 

 

 

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(SOGOL - NK - 2011)

 

 

 

Des mots, rien que des mots, des mots sans suite, des palliatifs, des succédanés... je sais, c’est un peu glauque, mais je ne sais pas écrire autrement, ou plutôt, je ne peux pas écrire autrement ; en fait, je ne sais pas faire autrement, ni faire différemment – ce qui est une autre manière de le dire, dire l’autre et sa semblable différence, appuyer le trait, comme on dit... Je suis l’esclave de ma manière de faire, et c’est un exploit, car il est difficile de trouver un matériau plus souple, plus malléable que les mots ; c’est le médium idéal en quelque sorte, on peut l’emporter partout avec soi, bien au chaud dans notre petite valise mental sans ajouter un gramme à notre fardeau. Et pourtant, je ne connais rien de plus rétif que les mots, une fois couchés sur la page blanche ou l’écran, ils acquièrent une autonomie, se singularisent, font les malins, tracent seul leur petit bonhomme de chemin sans plus se préoccuper de leur auteur, en contredisant le plus souvent ce qu’il a voulu dire. Ce qu’il faut entendre ici est l’aveu d’un échec, je n’écris pas pour donner à entendre quelque chose, j’explicite, en le redisant, mon incapacité à le faire ; la question de la forme et du fond n’a pas de fondement ; sans la forme il n’y a pas de fond, sans la forme je ne peux pas imaginer le fond, ou alors un fond sans forme et sans fondement, une totale vacuité, une absence, un néant, et c’est une image effrayante qui me projette violemment dans un insituable et indescriptible trouble. Il est vrai que je me trouble pour un rien, il suffit d’un mot parfois, un simple mot, et me voilà parti ailleurs, ou figé sur place, engluée, hypostasié... Et bien qu’il me soit possible en le disant de contredire ce que je viens de dire, dit en passant sans prendre en compte l’extrême gravité de la situation, il est peu probable que j’arrive à une autre conclusion. Je suis comme ça, un voyageur immobile sans cesse en mouvement, là en absence, là autre part, à mille lieues de là, en orbite autour d’un improbable et insituable point. Est-ce l’époque et le lieu où je vis qui disent ça, dictent le ça, ses lois et ses conséquences... encore des mots tout ça, des mots, et pas autre chose. Bien sûr, il y a ce je – appelons-le comme ça – ce je officiant dans un espace abstrait et inapparent, la pensée ; c’est d’elle dont-il est question, la pensée qui donne à penser, ce cortège funambulesque de pensées qui donne à penser, avec ces mots donnés pour le dire, pour dire quoi... notre impuissance, notre incapacité à faire face à la vie telle qu’elle nous est donnée... je l’ignore, chacun se démerde et fait avec ce qu’il a.


Niko Kargul

 

 

 

 

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  (Jeu de main - NK)

 

 

 

Ne pas parler d’amour est complètement fou... et fou, tout comme le thon en boite, je le suis ; comme la mouche aussi, parfois, quelquefois... mais là, bien caché dans la trompe d’un éléphant... je ne sais faire semblant, est-ce là aussi une illusion... derrière le masque se cache un autre masque, qui lui-même en cache un autre, qui lui-même, etc. Des mots fusent, résonnent au loin, vont se perdre... Il y a une transparence, quelque chose de diaphane, un doux secret, une tendre promesse... ou autre chose, qui sait ce qu’un masque peut cacher, surtout s’il est transparent.

 

Niko le Krap'O'

 

 

 

 

 

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cyriak

 

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(sans titre -NK)

 

 

 

 

Après un certain temps, tout disparait... c’est une question de pratique, de concentration, de captation...  Est-ce à juste titre ou devons-nous le considérer comme antérieur à toute forme de spéculation, sans référence, sans la possibilité de nous accrocher à quelque chose de concret, sans la possibilité de nous référer ou de construire une image mentale... Reste un indistinct, reste cet indicible, cette inexpugnable obscurité, cette zone de confusion... Il faudrait sans doute faire appel à des armées d’archéologues, d’anthropologues, d’ethnologues, de musicologues, de géologues, de graphologues, de philologues... synthétiser le tout, en faire un tas implicite, évocateur et concertant, et observer un siècle ou deux ce qui advient.

 

Niko Kargul 

 

 

 

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  (Wouaf ! Wouaf ! - NK -2011)

 

 

Il se peut que tout cela soit le fruit d’un énervement, et pas grand-chose de plus. Pour l’essentiel, écrire me permet de mettre au jour mes modes de pensées, d’expliciter le carnage, de donner une forme provisoire au chaos... ou bien ne faut-il y voir qu’une tentative désespérée d’extraire de ce truc gélatineux enclavé entre mes deux oreilles, cet insolent qui dit des choses... Qu’ai-je voulu dire en écrivant ce texte... La faim est un œil qui te scrute... et les mots ne dise rien de ça... bien que l’on puisse virtuellement tout dire avec des mots, ils restent muets face à ça... et à nouveau il me faut creuser, creuser, creuser, creuser... toujours plus profond, creuser, sans cesse et sans relâche, creuser... Il subsiste sans doute une part de pudeur... une entrave... une enclave... un emmurement...  va savoir !  il se passe de drôle de chose parfois... et la vie nous réserve bien des surprises, comme on dit.... Tout ça c’est des corps impalpables, des conventions, qui selon le style, l’époque, le lieu, les mœurs et coutumes, vont se transmuer en joli papillon, ou en mouche à vinaigre, en vache sacrée, en trèfle à quatre feuilles, en grumeaux, en fantaisie épique au corps stylisé, en brin de blé... qui sait... qui sait – ici, il faudrait quelques accords de piano –... quelques touches rapides et légères... et de me réveiller, et constaté que je n’avais toujours pas trouvé la porte, avec en prime l’air d’un con avec sa clef à la main, pendouillant inutilement... et toujours aucune portes à l’horizon... fuyons... cap au nord-est, faire face aux cohortes de démons endiablés rugissant de rage, faces hargneuses aux crocs acérés, fourches tendues, prêtent à t’enfourcher... tomates éclatées, platement éclatées... à la fin du troisième acte apparait une tour d’où soudain surgit une voix, cette voix, ou la promesse de cette voix, je ne me souviens plus très bien, et toute cette nuit qui soudain s’éclairera, s’éclaira, nuit folle aux fragrances de foutre... C’matin j’avais une tête de phoque empaillé, j’ai engueulé ce connard de miroir...et il n’y a pas qu’ça, mon rasoir est hermétique à la barbe... et je le soupçonne aussi de pratiquer une forme d’agnosticisme capillaire hérité d’une ballerine lozérienne... Un peu de musique, un air de jazz, un saxophone qui miaule, pousse de petits cris... cocktail banane-kiwis... jeu d’eau et de pluie... petit oursin qui roule sous un lit... cheval galopant le long d’une plage de sable blanc... écoute et tait-toi... J’aimerais tant dire quelque chose de définitif sur le Maroilles, de radical sur les Profiteroles... Revient sur terre i2, le vide cosmique à des relents d’irrésolus. Miaulent trompettes, délivre-nous ton chant... fait moi oublier cette pute... cette conne... cette vie...

 

Niko Kargul

 

 

 

 

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(photo - NK)

 



Il y a ce truc, appelons-le comme ça, à défaut de pouvoir le nommer. Ce truc imminent qui tarasque les têtes. Je ne sais comment mieux l’exprimer, il y a ce truc, insidieusement menaçant, incidemment perturbant. Sans doute a-t-il toujours été là, attendant son heure pour surgir.

Au commencement était le cri, masse informe de volonté sauvage.

Le mot chez-moi rime avec perturbation. Un mot en appel un autre qui souvent ne vient pas seul, le fourbe, le traitre. Le mot, ça dit des choses, ça dit bien ce que ça veut. Un bonheur assassin, une lumière consomptive, le rire carnassier d’une hyène allouvie... Ce n’est pas seulement la faim qui me fouaille les entrailles, il y a ces mots, ces putains de mots qui s’agitent dans ma tête, nuée grouillante de concepts idiots, purulence métastasique de morphèmes anguleux, et ça défile, ça défile, telle une noria d’idées insoumises et désaxées...

Je peux imaginer ces deux-ci, ou ces deux-là ; et si ces deux ci ou ces deux-là, ces deux-là ou ceux-ci, ces deux-là dans ces eaux-ci, d’eau de là, qui, d’art d’art, et par deux-là dire, disent le nous, disent, il y a ce nous, accoler au je, ce nous, qui par le jeu des je, abouti à ce nous qui pourtant est sensément insolubles dans le je, et qui, bien que cela, lorsqu’il tombe à l’eau, se noie si nous ne lui jetons pas une bouée.  Reste le jeu, un jeu de je qui surnage, le jeu du je qui se surmoitise, le jeu du double, un jeu de dupe où tout est mirage, miroir, clone, reflet, double, chimère, avatar, gorgone, succube, harpie, balais à chiotte, fonctions et dysfonctions cognitives.

Les liens s’effilochent... Émergence de la raison au milieu de la folie, jeter la raison, garder la folie ; de cette folie, apprendre à désapprendre, et, à partir de là, définir des modes de dysfonctionnement, déjouer les lois de la nature, inventer des croyances loufoques, secouer le tout, oser le symbolisme, l’abstraction, la mystification...

Au commencement était le ver, versatile être de chair.

Niko Kargul

 

 

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Je me perds dans les mots pour me soustraire aux images, en marchant à contre-sens, le plus possible à contre-sens. Le vent a ablati les nuages, laissant derrière lui un ciel vide. Le vide déjà est le vide, avant même d’être nommé, au premier temps, sitôt maintenant-là, sitôt-là maintenant, sans négation possible, immuable et intangible. Je ferme un instant les yeux, ce blanc assassin m’a ruiné les rétines. Je ne peux aller au-delà, j’erre dans cette région frontalière, condamnée à ne pouvoir franchir cette limite. Toutes nos pseudo avancés scientifiques, juste un saut de puce quantique, ridicule, grotesque, pitoyable.

 

Krapo-i2

 

 

 

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STARLESS NIGHT - SING & PERFORMED BY WENDY BEVAN
FILM EDIT BY SAYAKA MARUYAMA

 

 

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"Les gens qui ont des certitudes sont sûrs de se coucher le soir aussi cons qu’ils se sont levés le matin"

 

 

Lucien Jerphagnon

 

 

 

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"Ah, si nous n’avions pas rencontré Glenn, dit Wertheimer. Si le nom d’Horowitz n’avait rien signifié pour nous. Si nous n’étions pas allés à Salzbourg! dit-il. Dans cette ville, nous avons trouvé la mort, en étudiant chez Horowitz et en faisant la connaissance de Glenn Gould. Notre ami a signifié notre mort. Nous étions meilleurs que la plupart de ceux qui étudiaient chez Horowitz mais Glenn était meilleur qu’Horowitz lui-même, dit Wertheimer, je l’entends encore, lui non. Tant de gens de son entourage étaient morts jusque-là, tant de parents, d’amis, de connaissances, aucun de ces décès ne l’avait ébranlé le moins du monde alors que la mort de Glenn avait été un coup mortel, le mot mortel fut articulé par lui avec une terrible précision. Après tout, il n’est pas besoin de vivre dans la proximité immédiate d’un homme pour être attaché à lui plus qu’à nul autre, dit-il."

 

Thomas Bernhard - Le naufragé

 

 

 

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KrAäL-2-KrO

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Tout effort est un crime,
parce que toute action
est un rêve mort.


Pessoa


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