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Le bilan n’est pas brillant, je dois l’admettre – comme il est dit, tout ce qui brille n’est pas or –, est ce n’est pas une abstraction, ni même une impression ; cette débauche d’absurdités ne menait à rien, ne conduisait nulle part. C’est une histoire sans fin, sans issue... derrière l’expertise se cache la contre-expertise, fondée sur des doutes légitimes, et d’autres qui le sont moins. Il nous faut accepter cette part d’arbitraire qui en toute chose opère selon son bon vouloir, accepter le côté obscur de la force. Je me demande si j’ai la berlue, cette trompe est-elle une extension nasale surdéterminée, une illusion, le fruit de mon imagination... Je me trompe-l’œil, c’est certain, cet éléphant n’existe pas réellement, il ne peut qu’être le fruit de mon imagination... Si je regarde au-delà du delà, je vois une permanence dans l’impermanence, une fixité dans le mouvement, des courants qui convergent vers un point, et d’autres, qui s’en éloignent, et peu à peu, s’amenuisent, décroissent, disparaissent. Je vois des structures vacillantes, des certitudes branlantes, des concepts avinés, des théories frelatées, un arthropode hilare qui se bave dessus, des chiens fous qui se mordent la queue, une pendule qui  se toque d’avoir des tics, une échelle sans Jacob, une rondeur acérée, une voute planifiée, une patte de lapin, de la gerbe en barre, un Kinder Guano, des sourires mercantiles d’abrutis consentants... Je vois un temps d’avant le temps, d’avant les mots, d’avant toute cette affreuse confusion. Je vois la toile de fond, démesurée, hors limite, et peuplée de fantômes. On s’approche de la zone zéro... je soupçonne l’origine du point imminente... Je fus à cet instant proche de lâcher prise, ce qui jusqu’ici m’avait guidé jusque-là, cette force qui contre vent et marée m’avait portée sans faillir, soudainement m’abandonnait...

J’observe  l’ordre apparemment aléatoire des miroirs sur lesquelles se reflète à l’infini un visage inconnu aux traits imprécis, en lui je peux voir cette part de moi-même qui se refuse à paraitre, qui se refuse à entrer dans la danse, qui se refuse à jouer le jeu, qui se refuse à prendre part au festin. Est-ce là mon vrai visage, ma défaite, mon dépit... l’hallali, la-la-la... Oui, il y a de ça en moi, un quelque chose qui renâcle, s’insurge contre tout, contre rien, contre un point, contre un mot, contre toi, contre moi.

 

Lucius Crédul

 

 

 

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SAFARI by catherine chalmers

 

 

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Derrière ce qui se cache se cache quelque chose, cela parait être une conséquence logique admise et sans controverse possible. Derrière la poule se cache l’œuf qui cache le poussin. Derrière les buissons se cache le renard qui va manger la poule, le poussin, et l’œuf, si éventuellement il a encore faim. Derrière la montagne se cache la vallée. Derrière un bosquet se cache une boule de laine, qui elle-même cache un mouton égaré, confus, perdu dans cette vallée aride cachée par une montagne d’une taille abominable et dont les cimes vont se perdre dans les nuages. Derrière la lourdeur de cette démonstration au style lourdingue et plus que douteux se cache une volonté affirmée d’en finir avec les voiles d’opacités qui obscurcissent l’esprit de clairvoyance qui présidait ce lieu en des temps plus cléments. Derrière le présent se cache une histoire, toute une histoire, et d’autres afférentes et non moins passionnantes. Le présent est le point ultime de la fuite, le refuge hypostasié des benêts belliqueux. Derrière le présent se cache le vide laissé par l’absence, un espace où le souvenir d’un bonnet d’âne dessiné schématiquement sur un tableau noir prend valeur de réalité pacifiée. Derrière le présent se cache toute chose.  Le présent est une masse absurde de possibles qui écrase tout sur son passage. Derrière cet écran de fumée se cachent d’autres réalités, la réalité d’un nom, la réalité d’un lieu, la réalité d’un instant, la réalité pneumatique, la réalité virulente et virevoltante de la mouche, la réalité moelleuse et capiteuse d’un bon vin, la réalité despotique des petits écrans, la réalité ubuesque de la réalité, la réalité du caca, la réalité du boudin.

 

Lucius Crédul

 

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(L’apparente apparence – NK)





Derrière l’apparence première se cache une autre apparence, moins apparente que l’apparence première, qui, bien qu’elle soit elle aussi une apparence, peut apparaitre, dans un premier temps, plus réelle que la seconde apparence (ici peut apparaitre une forme d’illogisme, qui, vraisemblablement, résulte de l’ordre apparent des apparences). Cela est sans doute dû au fait qu’une apparence qui se montre nous semble plus réelle qu’une apparence qui se cache. En ce sens, la première apparence, bien qu’elle se donne à voir, est plus trompeuse que la seconde apparence (celle qui se cache derrière la première). Derrière ces deux apparences se cache une troisième apparence, plus vicieuse que les deux premières, car elle ne se cache pas, mais est la résultante des deux autres. Beaucoup s’emploie à nier cette troisième apparence, et la plupart de ceux qui restent sont septiques ; seul un petit noyau d’experts avisés défend l’existence de la troisième apparence, la plus redoutable, la plus singulière, la seule qui ait réellement une importance déterminante pour allez au-delà des apparences, et enfin voir ce qui s’y cache.

  Léon Kargul – De l’apparence trompeuse des apparences

 

 

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"Pendant la composition de Visage j'étais intéressé, comme toujours, à une recherche visant l'expansion des convergences possibles entre processus musicaux et processus acoustiques, et à la détermination d'équivalents musicaux des articulations du langage. C'est ainsi que l'expérience de la musique électronique s'avère fondamentale, parce qu'elle donne au compositeur les instruments concerts pour assimiler musicalement une vaste région de phénomènes sonores qu'on ne peut pas rapporter à un code musical préétabli.

Visage est essentiellement un programme radiophonique : presque une bande sonore pour une pièce qui n'a jamais été écrite. Plutôt qu'à la salle de concert, elle est destinée à tous lieux ou moyens permettant la reproduction de sons enregistrés. Fondée sur le potentiel symbolique et représentatif des gestes et des inflexions vocales, avec les "ombres de signification" et les associations mentales qui les accompagnent, cette oeuvre peut être considérée comme une transformation de comportements vocaux concrets, du son inarticulé à la syllabe, du rire aux pleurs et au chant, de l'aphasie à des modèles d'inflexion calqués sur des langues précises : l'anglais et l'italien de la radio, l'hébreu, le dialecte napolitain, etc.

Visage est donc une métaphore du comportement vocal : elle ne développe pas un texte et un langage signifiants mais seulement leurs apparences. Il n'y a qu'un seul mot qui soit prononcé deux fois : "parole" ("mots" en italien). La dimension vocale de la pièce est constamment amplifiée et commentée par une relation très étroite, presque un échange de nature organique, avec les sons électroniques. La voix est celle de Cathy Berberian.

J'ai composé Visage en 1961, juste avant de quitter le Studio di Fonologia Musicale de la Radio italienne à Milan : cette oeuvre était aussi un hommage à la radio en tant que moyen le plus utilisé pour la propagation de mots inutiles."


  Luciano Berio 

 

 

Source : Artsonores

 

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Je vois un éléphant sans trompe qui par certains aspects ressemble plus à un cochon qu’à une vache ; on ne sait, lorsque nous le regardons, différencié ce qui lui tient lieu de tête ou de cul ; à chaque extrémité de son corps grotesque et difforme, il y a une ouverture, un trou,  qui perçut dans un moment d’inconscience, peut évoquer une bouche ou un anus. Il se peut que je manque d’objectivité, lorsque Marie à m’y cette chose au monde, j’avoue avec perdu pied. Je sais bien qu’il me faudrait passer outre les conventions, la difficulté est de trouver un arrangement avec ce que nous voyons réellement et ce que nous nous attendions à voir... Je sais, je sais, je sais... il faudrait bien des choses... et je sais qu’avec des putains de si, tout serait différent, mais là, la réalité m’a frappé cruellement, de tous mes sens, la vue est celui qui chez moi domine, et que jamais je ne pourrais appeler cette chose, mon enfant. Depuis lors, j’erre dans les catacombes de mes discours crépusculaires, m’appropriant par étape une autre réalité, un monde artificiel inventé pour mon seul plaisir, loin du monstre sans queue ni tête qui hurle à tue-tête du matin au soir, sans rime ni raison. Aujourd’hui, j’en ai fini avec cette confrontation entre le réel et ma réalité. Je n’ai pas trouvé de réponse, mais la chose ne cri plus, les coups de marteau que je lui ai assénés sur la tête ont eux raison de ses cris. Aujourd’hui, mes futiles spéculations concernant l’apparence supposée de mes contradictions à laisser place à de solides barreaux, bien réel et d’une solidité à toute épreuve. J’ai aussi constaté qu’il n’était pas toujours bon de voir les choses telles qu’elles étaient, mais qu’il fallait mieux parfois les imaginées.

 

Lucius Crédul

 

 

 

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Je vois maintenant la distance, je suis très loin de mon sujet, l’avion a pris son envol, emportant avec lui, les cochons, l’oiseau au long bec, les mots inutiles, les pleurs et les rires... Hier, il a plu toute la journée, une bonne occasion de me questionner sur le pourquoi la nuit immanquablement se termine... J’erre dans les catacombes de mes discours crépusculaires, comment m’extraire de cet espace, me suis-je demandé ce matin – chacun matin, je me demande quelque chose –, hier je me suis demandé pourquoi ne pas faire l’économie de parler, il est dit que tout a déjà été dit, pourquoi alors se fatiguer à le redire... Bien qu’inutile, le besoin de bavasser ne me lâche pas... L’essentiel de ce que l’on dit n’est pas contenu dans ce que l’on dit, il y a des pliures, des interstices, des fractures temporelles, des événements et des éléments exogènes perturbants qui nous conduisent jusqu’à bout de la nuit sans que nous ayons pu répondre à la question, pourquoi se termine-t-elle. Aujourd’hui, la vie est grise, bien qu’au loin, une touche ocre-jaune persiste. Est-ce cela l’amour, cet Amour "particulier" que j’ai vainement cherché tout au long de ma vie, une touche d’ocre jaune sur un fond obscure.

 

Lucius Crédul

 

 

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Je ne vois plus rien, le temps et les choses semblent figés, comme flottant dans une matière poisseuse... tout semble réduit à une seule dimension, un point immatériel zéro... Conscient de me trouver là dans une impasse, je ferme un instant les yeux... un nimbe opaque d’un noir profond recouvre tout... rien... pas l’ombre d’une lumière ne se profile à l’horizon... j’explore ma cécité... j’avance à tâtons, en prenant soin de ne pas par écraser par  mégarde un chaton... Ma petite phrase me revient en mémoire – j’erre dans les catacombes de mes discours crépusculaires –, certes, certes... ce qui est dit finit-il par fatalement arriver... Je n’ai pas trouvé mes chaussons, je marche pieds nus sur un sol d’une froideur morbide, à moins qu’il ne soit très chaud, ce qui expliquerait l’odeur de cochon grillé qui m’envahit les narines... Dans quel enfer me suis-je égaré... un grognement soudain me fit sursauter... d’autres suivirent, ça grouinait maintenant de toute part... sans m’expliquer pourquoi, je me mis moi aussi à grogner, par mimétisme ou pour ne pas céder à la panique... de toutes forces je résistais à l’impulsion qui me dictait de rouvrir les yeux... cet à ce moment-là que Karl arriva, rageur, grognent, ululant, lancinent, me secouant par les épaules, m’intiment d’ouvrir les yeux... à cet instant j’ai prié que l’oiseau au long bec vienne me secourir, je savais que cette voix n’était pas celle de Karl, Karl était mort en défendant les dodos il y a de nombreuses années de cela... les grognements soudains s’estompèrent, jusqu’à devenir d’infimes murmures... il y avait là bien plus que l’apparence supposée d’une contradiction... comment l’assumer et la faire mienne... J’ouvre enfin les yeux sur cette réalité supposée, avérée dans les faits, et je vois, des cochons à perte de vu, des cochons par millions, sur les toits, dans les arbres, dans les allées d'azalées, dans les parkings, par les fenêtres, les balcons, sur les écrans, dans les vitrines, dans les piscines, surgissant des égouts, occupant les voitures, les trains, les avions, en avance ou en retrait, improductif, marginal, futile et inutile... comme un troupeau de voyageurs immobiles observant un avion cloué sur le tarmac.

Lucius Crédul

 

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