J’ouvre un œil, prudent, j’attends que les perspectives se stabilisent, je hasarde une jambe hors du lit, je tente de me verticaliser, tangage, roulis… j’arrime mes pieds au sol, me redresse,
des mots surgissent, se détachent, thé, café, debout, cuisine… Chaque matin, cette question lancinante qui revient, thé ou café ? Ça conditionne un homme, ça détermine un homme. C’est décidé,
ce matin je me fais un chocolat.
Par quoi ne puis-je être, pour sûr, je ne viens pas de là, mais où est donc alors, ce quelque part ? C’est comme ça, un non pour un oui, un oui
pour un non. Je ne pouvais tout de même pas laisser les choses en l’état, la clef du problème résidait dans "le faire", oui, telle était la clef du problème, définir discursivement un
paraître.
Si la fiction n’est pas bonne, le réel reprend ses droits. C’est pourquoi il nous faut d’emblée saborder le sujet ; avant même de
l’entreprendre, coupons-lui la tête, fracassons-lui le prédicat, coupons-le de ses bases, et démembrons son objet, avant qu’il ne se résolve en un repli de soi.
L’origine de tout, c’est tout, me suis-je dit, ce matin, face au miroir. Le corps qui se trouve dans ma tête est bien mon corps. Et le miroir,
pris d’un hoquet tautologique, hurle de rire, me poisse le paraître de sa glose perfide…
Je ne pouvais lui donner tort, en m’arrachant brutalement à mes rêves idiots, il me délivrait de ce solipsisme rancunier.
K.Dick a écrit une nouvelle très drôle sur le sujet, "Le monde qu'elle voulait".
Le réel est au-delà des mots. En tout cas, une chose est sûre, les mots ne peuvent qu'embrouiller le réel et le transformer en labyrinthe. A moins de savoir décrypter ce qu'il y a derrière...
Le réel est au-delà des mots. En tout cas, une chose est sûre, les mots ne peuvent qu'embrouiller le réel et le transformer en labyrinthe. A moins de savoir décrypter ce qu'il y a derrière...