Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 14:46

 

"Ce qui se reflète dans le langage,

le langage ne peut le représenter."

L. Wittgenstein

 

 

 

 

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(SOGOL - NK - 2011)

 

 

 

Des mots, rien que des mots, des mots sans suite, des palliatifs, des succédanés... je sais, c’est un peu glauque, mais je ne sais pas écrire autrement, ou plutôt, je ne peux pas écrire autrement ; en fait, je ne sais pas faire autrement, ni faire différemment – ce qui est une autre manière de le dire, dire l’autre et sa semblable différence, appuyer le trait, comme on dit... Je suis l’esclave de ma manière de faire, et c’est un exploit, car il est difficile de trouver un matériau plus souple, plus malléable que les mots ; c’est le médium idéal en quelque sorte, on peut l’emporter partout avec soi, bien au chaud dans notre petite valise mental sans ajouter un gramme à notre fardeau. Et pourtant, je ne connais rien de plus rétif que les mots, une fois couchés sur la page blanche ou l’écran, ils acquièrent une autonomie, se singularisent, font les malins, tracent seul leur petit bonhomme de chemin sans plus se préoccuper de leur auteur, en contredisant le plus souvent ce qu’il a voulu dire. Ce qu’il faut entendre ici est l’aveu d’un échec, je n’écris pas pour donner à entendre quelque chose, j’explicite, en le redisant, mon incapacité à le faire ; la question de la forme et du fond n’a pas de fondement ; sans la forme il n’y a pas de fond, sans la forme je ne peux pas imaginer le fond, ou alors un fond sans forme et sans fondement, une totale vacuité, une absence, un néant, et c’est une image effrayante qui me projette violemment dans un insituable et indescriptible trouble. Il est vrai que je me trouble pour un rien, il suffit d’un mot parfois, un simple mot, et me voilà parti ailleurs, ou figé sur place, engluée, hypostasié... Et bien qu’il me soit possible en le disant de contredire ce que je viens de dire, dit en passant sans prendre en compte l’extrême gravité de la situation, il est peu probable que j’arrive à une autre conclusion. Je suis comme ça, un voyageur immobile sans cesse en mouvement, là en absence, là autre part, à mille lieues de là, en orbite autour d’un improbable et insituable point. Est-ce l’époque et le lieu où je vis qui disent ça, dictent le ça, ses lois et ses conséquences... encore des mots tout ça, des mots, et pas autre chose. Bien sûr, il y a ce je – appelons-le comme ça – ce je officiant dans un espace abstrait et inapparent, la pensée ; c’est d’elle dont-il est question, la pensée qui donne à penser, ce cortège funambulesque de pensées qui donne à penser, avec ces mots donnés pour le dire, pour dire quoi... notre impuissance, notre incapacité à faire face à la vie telle qu’elle nous est donnée... je l’ignore, chacun se démerde et fait avec ce qu’il a.


Niko Kargul

 

 

 

 

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Par Krapo-i2 - Publié dans : Scripto-i2
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