(Lui ou un autre - nk - 2012)
Douze heures cinq minutes et trente secondes, c’est à ce moment précis que j’ai pris conscience de ce qui me troublait. Ce
n’était pas un mal brutal d’une soudaine violence qui ne laisse pas de doute sur l’évidente gravité de la situation. Non, rien de ça. Quelque chose planait dans l’atmosphère, comme un vertige,
une sensation de perte, comme une fuite de matière, un vacillement... J’ai fermé et ouvert les yeux plusieurs fois de suite, alternant le noir et le blanc, le noir et le blanc, le noir et le
blanc, le noir et le blanc... sans effets notoires, et au trouble persistant s’ajoutaient maintenant des éclats lumineux rémanents. Il me fallait remettre en cause ma première impression, je
n’étais pas conscient de ce qui me troublait, et je ne comprenais absolument rien à ce qui pouvait me troubler de la sorte. Il est maintenant douze heures vingt-deux minutes et trente-trois
secondes, et ce trouble qui persiste... mon trouble, puisqu’il me faut l’appeler ainsi, et non ce trouble vague et incertain que l’on peut si facilement tenir à distance en le niant ou en fermant
les yeux. Mon pied gauche frappait le sol selon son propre rythme, loin de ma tête qui, interloquée, dodelinait imperceptiblement, étonnée de voir ce pied (mon pied) s’agiter de la sorte. Onze
heures et trente-six minutes, j’ai retrouvé un peu de stabilité, la symétrie n’est pas parfaite, j’imagine que ce saut temporel a eu pour effet de légèrement me tordre ; c’est imperceptible et il
faudrait être au-dedans de moi pour s’en apercevoir, comme : dans la peau de Mucus Crédul, sort peu enviable, je l’admets... et que pourrions-nous faire dans la peau d’un autre... nous cacher de
nous-mêmes... Il est quinze heures et trente minutes, et je ne sais comment conclure cette histoire...
Mucus Crédul - Et demain
*
Dans la peau d'un autre ne serait-ce qu'un quart d'heure ,une tentation ....
Comme : un esprit voyageur voguant de corps en corps... ou plus fou encore... s’immiscer dans un organe, ne faire plus qu’un avec lui, prendre part à ses mécanismes, à sa chimie intime...
Ou rester là, comme un con planté devant son écran à se demander ce qu’il pourrait faire de mieux que ne rien faire, en attendant Olga qui ne reviendra pas.
c'est cela, le corps qui danse, je crois
Un corps fou, un corps en transe, un corps qui nous échappe, n’en fait qu’à sa tête (ou ses pieds), un corps rétif, un corps déprit, un corps puce...