"Pendant la composition de Visage j'étais intéressé, comme toujours, à une recherche visant l'expansion des convergences
possibles entre processus musicaux et processus acoustiques, et à la détermination d'équivalents musicaux des articulations du langage. C'est ainsi que l'expérience de la musique électronique
s'avère fondamentale, parce qu'elle donne au compositeur les instruments concerts pour assimiler musicalement une vaste région de phénomènes sonores qu'on ne peut pas rapporter à un code musical
préétabli.
Visage est essentiellement un programme radiophonique : presque une bande sonore pour une pièce qui n'a jamais été écrite.
Plutôt qu'à la salle de concert, elle est destinée à tous lieux ou moyens permettant la reproduction de sons enregistrés. Fondée sur le potentiel symbolique et représentatif des gestes et des
inflexions vocales, avec les "ombres de signification" et les associations mentales qui les accompagnent, cette oeuvre peut être considérée comme une transformation de comportements vocaux
concrets, du son inarticulé à la syllabe, du rire aux pleurs et au chant, de l'aphasie à des modèles d'inflexion calqués sur des langues précises : l'anglais et l'italien de la radio, l'hébreu,
le dialecte napolitain, etc.
Visage est donc une métaphore du comportement vocal : elle ne développe pas un texte et un langage signifiants mais seulement
leurs apparences. Il n'y a qu'un seul mot qui soit prononcé deux fois : "parole" ("mots" en italien). La dimension vocale de la pièce est constamment amplifiée et commentée par une relation très
étroite, presque un échange de nature organique, avec les sons électroniques. La voix est celle de Cathy Berberian.
J'ai composé Visage en 1961, juste avant de quitter le Studio di Fonologia Musicale de la Radio italienne à Milan : cette oeuvre
était aussi un hommage à la radio en tant que moyen le plus utilisé pour la propagation de mots inutiles."
Luciano Berio
Source : Artsonores
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Berio, comme Pierre Henry avec ses collages de bande magnétique dans "Variation pour une porte et un soupir" étaient des visionnaires. leurs musiques d'une ciquantaines d'années non pas pris une rides, toujours aussi blufffant.
Étrange, j’ai découvert la musique contemporaine avec les « Variations pour une porte et un soupir », il y a bien longtemps... Remarque, à l’époque, j’écoutai Zappa, sans connaitre ses liens avec cette musique alors toute nouvelle pour moi, Varèse et d’autres, que j’ai découverts quelques années plus tard.
"la radio en tant que moyen le plus utilisé pour la propagation de mots inutiles."
tellement vrai... & la tévé... & le web... vive le Progrès !
L’intérêt est dans ce que l’on en fait, là, une œuvre musicale. Après, on est libre de choisir ce qu’on écoute, ce qu’on lit, ce qu’on voit... trouver la bonne distance focale, en quelque sorte. Pour un artiste, il y a ce devoir de tout voir auquel je suis très attaché... l’horreur et le merveilleux...
Bério ...ah! oui...Sa symphonie est un monde qui s'ouvre ...les voix se mêlent ,c'est assez fabuleux !
Oui..
Fascinante musique, en osmose avec l'image. Ce sont de belles découvertes comme Maderna, Nono, Cage......
Oui...